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L'Art , la Vie [ 2009/05/06 ]


L'Art , la Vie

                  Certains fuient leur pays en bateau, on les appelle les " boat people ";
Sareth Svay, retourne dans le sien, le Cambodge, en bateau : un "Bateau" de 200kg construit de ses propres mains avec une charpente traditionnelle cintrée en bois et résine. Bateau qu'il a ensuite poussé sur 27 km jusqu'à la mer où il navigué un temps, à la rame, vers le soleil... Fruit d'un an de travail à l'école des beaux arts de Caen, cette œuvre nommée " adieu ", sera à la fois l'objet de son diplôme d'études supérieures en art, pour lesquelles il a obtenu les félicitations du jury, la fin de son séjour en France où il est resté 6 ans, une formidable entreprise de collaboration humaine et une performance physique intense telle qu'il les aime.
L'œuvre de Sareth Svay implique le corps, le mental et le coeur.
Le coeur marqué à jamais par les atrocités de la guerre, vécue enfant dans une camp de réfugiés en Thaïlande.
Le mental, siège de sa puissance créatrice, de cette force d'alchimie capable de transformer la difficulté, la peur, la souffrance, le découragement, en sursaut d'énergie, en défi, en création libre.
Le corps, enfin, sollicité jusqu'à ses résistances extrêmes.
         Ainsi, " l'Opération bouclier " conçue après un passage douloureux d'angoisse et de maladie qui le forcera à recourir à une pratique traditionnelle de soin qui consiste à frotter fortement une pièce de monnaie sur tout le corps et qui lui donnera l'idée de traîner sur le sol, derrière son vélo, une plaque ronde de métal de 45cm de diamètre, sur le trajet Caen Paris, 200km. Le voyage en vélo, avec un compagnon, débuté le 15 Février 2008, en plein hiver glacé, durera une semaine; des article dans la presse locale et une vidéo rendent compte de cette performance. C'est pour Sareth Svay l'occasion à la fois d'un retour intense sur soi et d'une mise à l'épreuve physique. L'œuvre d'art comme expérience vécue, en temps réel, dans un espace réel, où l'improvisation joue avec la mise en scène.
La plaque de métal sera exposée au retour, sous le titre " Bouclier ".
          Le métal, martelé marqué, gravé, se retrouvait déjà dans une installation modulable précédente " Poussières " présentant, associés à une bande sonore, 450 masques noirs en papier-mâché et 1100 plaques d'identités métalliques, numérotées, telles qu'en portent les soldats autour du cou.
         L'installation " La porte " présente, elle aussi, une plaque métallique de 2m de haut, verticale, sur laquelle est gravé un soldat en treillis debout; sur le sol, sont disposés,, des milliers de petits piments bec d'oiseaux rouge, formant un cercle d'1,50m, un vrais bananier, référence à la végétation du Cambodge, et un téléviseur où passe une de ses vidéos, pleine d'humour : " l'Opération Radis ". Dans cette vidéo, l'artiste en treillis militaire armé de grenades en fruits et légumes et d'un fusil en baguette de pain, rampe sur le sol pour prendre d'assaut l'Assemblée Nationale à Paris.
         Les ouvres de Sareth Svay, bien que fortement liées à son histoire personnelle, retentissent en chacun, utilisant les moyens et principes de l'art actuel occidental. Elles nous invitent avec conviction à regarder au-delà de la violence, des transmutation des circonstances : l'assaut d'un commando devient " l'Opération Radis "  et ce sont les fruits de la nature, qui remplacent les grenades, les marches forcées deviennent un voyage réparateur,  et le fardeau d'une plaque métallique traînée derrière soi en vélo permet œuvre d'art, rencontre et renaissance.
         Ce rapport de Sareth Svay à l'expression artistique lui fait dire :  " Je suis un combattant de paix ". Transcender les difficultés de l'existence quelles qu'elles soient pour en faire " œuvre d'art ", même s'il s'agit de tout brûler, comme le fit avec ses peintures et ses dessins jetés dans le feu dont il répartit ensuite les cendres dans 5 petits sacs blancs qu'il installe sur une étagère. Détruire pour renaître, se défaire pour créer à nouveau, se réorganiser après le drame... Peut-être une leçon des camps de réfugiés où malgré le malheur, l'art était déjà là et offrait une petite porte ouverte sur la liberté de l'imaginaire? En effet, c'est là qu'il a croisé l'expression artistique pour la première fois, grâce aux ateliers de dessin, proposée aux enfants par une ONG.
           Depuis il a su entretenir et développer ce plaisir éprouvé pour les arts plastiques et en faire le fil conducteur de sa vie. Peu à peu, sur place, en enseignant lui même aux enfants de son pays, en France où il a suivit un cursus complet de formation artistique, où il a su intégrer de manière fulgurante les données de l'art occidental et tous les apports technologiques , il a développe une véritable identité d'artiste, profonde, enthousiaste, convaincue, engagée.
         Il sait que l'art est son moyen de communication avec les hommes, qu'il permet de résoudre les difficultés du monde et qu'il offre des collaborations uniques et régénérantes pour tous.
         L'Art à l'épreuve de la vie, l'Art comme mode de vie.




                                                                                                                                Mireille Breger, historienne de l'Art    



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